VINCENT BEBERT sur le motif

Un texte d'Alexandre Hollan sur le travail de Vincent Bebert

Nos motivations…

Chaque été depuis cinq six ans Vincent Bebert vient chez moi quelques jours dans l’Hérault, pour peindre des arbres. Il vient avec un énorme carton ou deux, et avec un sac terriblement lourd, plein de peinture; et de toute sorte de produit en bouteille, en pot, pour fabriquer ses couleurs. Il vient seul ou avec sa copine, et retrouve chez moi un ou deux peintres de sa génération, avec lesquels ils partent tôt le matin sur le motif.

En rentrant tard le soir, ou plutôt la nuit vers dix-onze heures le soleil est déjà couché depuis longtemps.

En rentrant Vincent est une peinture vivante. Son visage ses bras sont rouge, vert, bleu, ses pieds aussi car il peint avec tout son corps en étalant ses couleurs avec ses mains, en piétinant sa peinture quand il le faut. Mais un quart d’heure plus tard quand il sort de la douche il est comme un nouveau né.

Ce qui rend le travail de Vincent infiniment précieux pour moi, c’est sa manière d’être sur le motif. Il le sait que la nature est vie, qu’un arbre est un être vivant qui respire et bouge, qu’une montagne monte et descend, que l’air est un fleuve ininterrompu de forces, et que faire l’expérience des forces, des formes, des densités de vie, ne peut se faire qu’à travers ce corps à corps que le motif, que la vie extérieure nous demande. On est là pour çà.

Le travail sur le motif tel que Vincent le comprend, n’est pas de rester dans ce monde extérieur pour le représenter, et ajouter encore une image à l’encombrement visuel de notre temps.

Aller sur le motif, se lever, partir, chercher, s’arrêter, regarder. Je ne connais rien de plus grand dans la vie que cet instant. Vincent connaît bien la force que la nature nous laisse entrevoir à cet instant. Son trait rapide, libre, sincère, l’exprime, par exemple dans ce dessin, qui est devant moi ici.

Plonger dans l’expérience de voir sans peur, nager, ne pas perdre le souffle, lâcher les images.

Connaître le bonheur des mouvements de la nature. Mouvements naturels qui traversent le regard, qui le portent, qui le nourrissent. Dans ces courants grandissent ses arbres, chêne dans la garrigue, pin dans d’autres lieux qu’il connaît mieux que moi.

Le regard de Vincent ne nage pas vite, il sait par instinct que les vagues se répètent, partent et reviennent, comme ses montagnes qui sont des vagues qui se superposent, s’épaississent, deviennent matière, terre.

C’est dans cette lourdeur que Vincent apprend la lenteur, la durée. Sa recherche s’enracine et s’élance. Les motifs -arbres, montagnes-  sont nos maîtres.

Février 2013, Alexandre Hollan

A LIRE : Un article d'Amélie Colelli sur Vincent Bebert   http://articlesdart.com/vincent-bebert/